Depuis la rentrée, l’activité au boulot a pas mal changé, ce qui a eu pour conséquence notamment de mélanger les horaires et les équipes.
Comme il faut toujours positiver (++), on en a rapidement profité pour échanger les connaissances extra-professionnelles… Echanger c’est bien, mettre à l’épreuve, c’est mieux ! Et, toujours, du fait de ces nouveaux horaires un poil élastiques, on s’est surtout retrouvé, vous l’avez compris, - dans les temps de pause, hein, attention - attablé à faire partager les savoirs culinaires de chacun !
On a beau être dans une grande ville, les racines du terroir sont encore bien ancrées et en quelques “semaines du goût”, on a déjà pas mal partagé…
En septembre, après l’été pourri qu’on a eu, les légumes ne s’étaient pas des masses gorgés de soleil, et, à part deux ou trois tomates noires de Crimée ou des cœurs de bœuf géantes mais toutes racornies, on a pas eu grand chose à mettre dans la salade aux échalottes.
Heureusement, la pluie, ça amène les escargots et les champignons… Pour les premiers, on a été servi et les charentais se sont fait fort de nous les faire dégorger pour plus tard, quant aux champignes, là… große malheur, autant 2006 avait pété tout les records, pour les cèpes -le roi de la région-; cette année, y a eu que pouique: à peine quelques tranchounettes à mélanger aux patates: ça a donné un peu de saveur… Par contre, il y a eu pas mal de “pibres” (une variété locale de bolet), mais trop écœurés, ces messieurs ne les ont même pas ramassé, tant pis.
Avec octobre, les grosses courges ont fait leur apparition, et si on a eu droit a une bonne dose de potirons, mélangés à la fin des courgettes rondes et des patissons tout blancs cafardeux, certains nous ont amenés les curiosités du jardin, comme des coloquintes jaunes et vertes, de toutes les formes mais imbouffables (d’après eux, j’aurais bien essayer, pour voir), mais aussi des giraumons à l’aspect redoutable: une sorte de citrouille avec un turban blanc sur la tronche: super bon, parait-il, mais j’ai pas pu testé, des fois y a du boulot aussi…
A force les chambrer sur leur capacité potagère, plusieurs collègues m’ont pris au mot et se sont fait fort de me faire gouter les trucs les plus inattendus, en se gardant bien de me dire avant ce que c’était ! J’ai donc, bon gré, mal gré, essayé des racines diverses, comme la vitelotte, une patate noire; cuite, elle est presque bleue: super space mais le gout reste bien le même. J’ai ensuite eu droit eu retour de la deuxième guerre mondiale avec le topinambour et le rutabaga, la terreur de nos ailleuls ! le premier c’est plutot bon: une forme de gingembre avec un gout de fond d’artichaud, en fait je connaissais très bien la fleur: c’est une marguerite jaune géante, sorte de mini tournesol: tout le monde en a ! par contre le rutabaga, là, euh, c’est vraiment dégueu: du navet au gout de choucroute et en plus ça a des conséquences rudes sur la digestion, je vous passe les détails…
Comme je les avais bien cherché, mon apprentissage de padawan a continué avec les panais, des grosses carottes blanches, qui ne se mangent que cuites: un navet ferme, quoi… Mais, pour finir, j’ai eu droit à des crosnes du japon, le top du top du peu ragoutant: si la plante est assez belle: une sorte de grande menthe rose-violette, les racines ressemblent a des gros vers blancs gluants, ouaheurk ! mais bon, fallait gouter, alors… ben, entre l’artichaud (encore!) et… la noix !!! bizarre …
Si mon médecin lisait ça, il me féliciterait à coup sûr: “mais ils mangent que des légumes, c’est bien ça, c’est bon pour le cholestérol”, euh… le seul truc, c’est qu’on est dans le Sud-Ouest, et que donc, on mange des légumes, c’est vrai, mais surtout, on les accompagne !!! Et là, euh, ça a fait mal…
D’abord, pas de repas dans le coin sans vin et -région de production oblige- il est souvent bon, donc il se doit d’être bien accompagné: du gros pain frais, une poëlée de légumes -ben oui, quand même-, revenue à l’huile de tournesol ou à la graisse de canard, et bien sûr des patés de toutes sortes, souvent faits par les parents… Terrines de gibier ou de la ferme, y a eu de quoi faire. Un petit saucisson, du fromage, la France, quoi.
Qui dit graisse de canard, dit confit, forcément… Confit de poule, aussi, d’ailleurs… Les fameux escargots ont fini par y passer aussi, mais là, raisonnablement: à la persillade, tranquillou, pas de tomates, ni de sauce américaine comme pour les écrevisses… dommage. Des cassoulets, une choucroute (une vraie), quelques steacks de bœuf de Bazas, pour voir si la viande y est toujours bonne et puis on est passé aux desserts avec les inévitables canelés, mais aussi les pastis des landais (sans salade de fruit, les vaches, de quoi s’étouffer !) et le millasse à l’anis, fait avec tellement de pastaga qu’il en est presque vert !!!
Après le café (tiens ça, c’est normal), on a eu droit aux cerises à l’eau de vie (des guignes très sucrées, du nannan !) et aux pèches de vigne, euh, bof…
Voilà… Trois mois pour tout ça, quand même… On a pas un métier facile !